Une des observations que j’ai faite, est que lorsque l’être humain prend de l’âge, il s’enracine. Il s’enracine dans ses croyances, dans ses habitudes, dans son mode de vie, dans ses biens matériels dans son quotidien, dans ses expériences, dans son passé.

Il devient alors compliqué de changer de manière de penser ou de faire. L’évolution devient presque insurmontable. On peut l’observer par exemple avec la technologie, qui avec son développement rapide, laisse beaucoup de trentenaires ou de quadragénaires à la traîne, ne parlons même pas des personnes plus âgées.

En France, les personnes qui sont parmi nous depuis une quatre-vingtaine d’années, ont vu l’eau courante et l’électricité s’installer, leur vie a drastiquement changé avec l’arrivée de l’électroménager ou encore du téléphone. Mais pour certains, l’arrivée d’internet, de la dématérialisation, des ordinateurs, tablettes et autres smartphones a été une évolution de trop. Ils décident alors qu’ils sont bien là où ils sont, et laissent une partie du monde continuer sa route sans eux.

On entend alors dans beaucoup de bouches, ces mots : « c’était mieux avant ».

Trentenaire, j’ai vu les prémisses de l’enracinement s’installer. J’ai même cherché à m’enraciner pensant que cela aiderait à mon ancrage, voir même que ça réglerait tous mes problèmes. J’ai cherché à créer des routines pour pouvoir organiser mon temps, j’ai cherché du fixe, du permanent, de l’engagement parce que ça me rassurait.

J’étais persuadée que s’enraciner, c’était s’ancrer. Qu’acheter un terrain, une maison, s’installer sur la terre de mes ancêtres, dans un lieu à moi, où j’avais une histoire et aurais un port d’attache, c’était s’ancrer. Et je pensais qu’une fois ancrée de cette manière, j’allais enfin pouvoir faire tout ce que je rêvais de faire, et être heureuse.

Malgré mon ancien métier d’informaticienne, j’avais tourné le dos à l’évolution technologique et sociale, parce que je pensais que c’était mieux avant.

Il y a du juste et de l’injuste, de l’équilibre et du déséquilibre dans chaque évolution, tout dépend de l’usage que l’on fait de nos nouveaux outils et de nos intentions. Et c’était exactement pareil avant.

Les grandes évolutions de ces dernières décennies nous ont permis de laisser les tâches ingrates aux machines, nous donnant du temps pour nous et nos proches. Les déséquilibres sociaux entre les sexes, les races, les classes se désintègrent progressivement. Le contact avec différentes cultures qui participe à l’ouverture de notre esprit est à portée de voiture, de train ou d’avion. La libération de l’information grâce à internet nous offre d’autres points de vue, d’autres possibilités, des alternatives, et permet une certaine transparence là où l’opacité, les non-dits et les secrets régnaient.

Finalement, c’est bien mieux maintenant.

Derrière notre besoin de nous enraciner, on peut trouver :

  • Nos peurs : de l’inconnu, de l’instabilité, du manque…
  • L’attachement à notre passé, à nos origines et à tout ce qui y est lié : souvenirs, traditions, terres ancestrales, éducations reçue et donnée, …
  • Notre sentiment d’insécurité qui nous pousse à créer un endroit fixe, pérenne, à nous, où nous nous pourrons nous installer en toute sécurité.
  • Nos croyances qui sous-estiment nos capacités à intégrer de nouveaux concepts et à apprendre (alimentées d’ailleurs par la science moderne qui disait qu’à partir d’un certain âge le cerveau cessait la fabrication de neurones et que leur nombre diminuaient peu à peu. Théorie invalidée depuis).

2ème partie : Se déraciner de son quotidien
3ème partie : Se déraciner du passé
4ème partie : S’ancrer et évoluer